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Dopage dans le sport amateur : chez nous aussi ?

Ventoline, Guronzan… Le dopage ne touche pas uniquement le sport professionnel. Qu’en est-il dans le sport amateur ? Responsables et entraîneurs des clubs locaux nous répondent.

Le dopage, cela ne concerne pas seulement les sportifs professionnels. Déjà, au niveau amateur ou semi-professionnel, des pratiques dangereuses et illicites sont constatées ici et là. Qu’en est-il à Domfront, La Ferté ou Bagnoles ?

« Il nous narguait »

« Dans les années 1990, j’ai couru avec des coureurs contrôlés positif », raconte Alain Benoît, alors coureur en élite 1re catégorie. L’entraîneur du Vélo Club domfrontais se souvient notamment d’un épisode marquant. C’était lors d’une bordure : il faisait partie d’un groupe de coureurs séparés de la tête de course à cause d’une soudaine accélération en tête de peloton. « Quand un coureur nous dépassait, avec vent de côté et nous narguait en disant “maintenant, il va falloir y aller ! ”, on se disait qu’on n’était pas tous à la même sauce…  ».

L’entraîneur du VC Domfrontais reconnaît que chez les amateurs de haut niveau, « il y a eu des dérives. Mais c’est il y a longtemps. Désormais, même au niveau amateur, il y a des contrôles anti-dopage en permanence ». Alain Benoît soutient que la proportion de sportifs amateurs qui “jouent” est infime. « Déjà, il faut avoir un budget. Et puis il faut connaître les produits, il y a un suivi. Et ceux qui trafiquent sont placés sur écoute téléphonique afin de détecter les filières ». L’entraîneur regrette que l’image de son sport soit entachée par les différents scandales du monde professionnel. « Lance Armstrong et ses coéquipiers étaient préparés scientifiquement. Mais la société du Tour et l’UCI étaient au courant : dès sa première victoire, il a été contrôlé positif et on l’a laissé courir ».

« C’est l’omertà »

Alain Benoît doit désormais composer avec cette image. « Désormais, dès qu’un coureur est au-dessus des autres, cela éveille les soupçons. Mais ils n’ont pas tous les mêmes capacités physiques !  ».

Aujourd’hui, il assure que le cyclisme est un des sports les plus propres. « Je suis actuellement avec des coureurs professionnels scandinaves : ils doivent se localiser tout le temps, sont soumis à des contrôles inopinés… Dans mon club et au niveau où je suis, je n’ai pas connaissance de coureurs contrôlés positifs ».

Entraîneur au club de football Jeunesse fertoise-Bagnoles, Stéphane Périnet a joué essentiellement en DH (Division d’honneur). S’il n’a pas eu connaissance sur des pratiques dopantes à son niveau, il mène néanmoins des actions de prévention sur les pratiques dopantes auprès du jeune public. « Il y a davantage de risques au niveau amateur car il s’agit de prises individuelles sans suivi médical. Et sur internet, on peut se procurer tout ce que l’on veut…  ». Dans son parcours de joueur ou sa formation d’entraîneur, il n’a pas connu de sportifs dopés. « Mais c’est l’omertà », reconnaît Stéphane Périnet.

Ventoline, Guronzan…

« Après, il y a des prises médicamenteuses de type Guronzan, qui fait partie de la liste des produits dopants. La Ventoline (bronchodilatateur utilisé dans le traitement de la crise d’asthme et dans la prévention de l’asthme d’effort, ndlr) est aussi considérée comme produit dopant. Il est cependant toléré pour les asmathiques. Sauf que dans le Tour de France, on trouve 80 % d’asmathiques !  ».

L’entraîneur de football pense que son sport est relativement épargné au niveau amateur. « Là où il y a danger, ce sont dans les niveaux intermédiaires en CFA et CFA2, où l’on retrouve des joueurs avec un niveau semi-pro. Ils sont tentés d’améliorer leurs performances pour passer professionnels et les contrôles n’existent quasiment pas ». « Cela concerne surtout ceux qui sont à la frontière du niveau professionnel », confirme l’entraîneur du club de football domfrontais, Jérôme Tessier.

« Dopage bas de gamme »

« Athlétiquement, notre sport est beaucoup moins dur que le vélo, estime Stéphane Périnet. Donc la tentation est moins grande ». Selon lui, le dopage en sport collectif serait également moins efficace. « On pourrait éventuellement améliorer l’endurance et la récupération, mais à notre niveau on ne joue qu’une fois par semaine donc on récupère naturellement. Et dans le foot amateur, il n’y a pas d’enjeu financier ».

« Ca existe, il ne faut pas se leurrer. C’est une pratique constante mais ça n’a rien à voir avec le dopage pro », enchaîne Jérôme Guibert, médecin du sport ayant pratiqué des contrôles anti-dopage à tous les niveaux. Pour lui, le dopage amateur est aussi dangereux que dans le monde professionnel. « C’est du dopage bas de gamme, mais les risques restent les mêmes ». Autant dire que vu le faible enjeu financier et sportif, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Source et date de l’article  http://www.lepublicateurlibre.fr/  13.08.2014

Auteur :  Valentin Biret

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